Journal
Plaqué contre la tôle
Malik revient chaque soir sur le quai où Rafael charge seul. Entre deux parois d'acier, le docker a compris le regard, et c'est lui qui fixe jusqu'où ils iront.
Le dernier conteneur avait claqué contre le quai depuis longtemps, et le port gardait encore cette chaleur qui ne vient pas seulement du diesel. Malik restait dans l’ombre de la passerelle, là où la tôle tiède sentait le sel et le caoutchouc brûlé. Depuis six soirs il venait. Il disait à personne qu’il venait. Il regardait Rafael charger seul, le dos large sous le gilet orange, les avant-bras noirs de poils collés de sueur, les cuisses qui tendaient le pantalon de travail à chaque flexion.
Rafael ne parlait pas. Il rangeait les sangles, vérifiait les crochets, passait la paume sur le rebord d’acier comme on calme un animal. Malik, lui, ne bougeait plus. Il connaissait déjà la façon dont le docker se redressait, comment la nuque se découvrait quand il relevait les cheveux trempés, comment le sexe dessinait une barre oblique sous le tissu quand il se penchait trop longtemps. Ce n’était pas un regard volé. C’était une habitude. Une faim qu’il nourrissait en silence, le souffle court, la main parfois posée sur sa propre braguette sans oser la défaire.
Ce soir-là, le silence après le fret fut plus net. Plus personne sur le quai. Les grues immobiles. Une lampe jaune au-dessus de l’allée entre deux parois de conteneurs. Rafael posa le crochet. Il ne se retourna pas tout de suite. Il dit, sans élever la voix :
Tu comptes rester dans le noir encore longtemps, ou tu descends ?
Malik sentit le sang lui monter aux oreilles. Il aurait pu partir. Il descendit. Ses semelles firent un bruit sec sur le métal. Rafael se tourna enfin. Plus grand qu’il ne l’avait cru de loin. La mâchoire sombre, la bouche ferme, les yeux qui ne fuyaient pas. Il le mesura de la tête aux bottes, sans sourire.
Six soirs. Sa voix était basse, un peu rauque du travail. Je t’ai vu le deuxième. Tu crois que je charge sans regarder derrière moi ?
Malik ouvrit la bouche. Rien ne sortit de propre. Rafael fit un pas. L’odeur le prit d’un coup : sueur d’homme, fer, savon bon marché déjà vaincu, quelque chose de plus chaud entre les cuisses. Le docker lui prit le poignet, pas brutalement, assez fort pour que Malik comprenne que la fuite n’était plus le sujet.
Tu regardes. Tu bandes. Tu ne parles pas. Ce soir c’est moi qui décide jusqu’où on va. Tu veux partir, tu le dis maintenant. Après, tu fais ce que je dis.
Je reste.
Le mot sortit trop vite. Rafael hocha la tête, une fois. Il le poussa entre les deux parois. L’espace était étroit. Les épaules de Malik frôlèrent l’acier encore chaud. Rafael colla son torse au sien, ventre contre ventre, et Malik sentit la bite dure du docker contre sa hanche, longue, épaisse, déjà impatiente sous le coton. Pas un accident. Un fait.
Les mains sur la tôle.
Malik obéit. Paumes à plat, doigts écartés. Rafael lui ouvrit le blouson, puis la chemise, bouton après bouton, sans hâte. L’air du port sur la peau. Les pouces du docker passèrent sur les tétons, les pincèrent jusqu’à ce que Malik siffle entre ses dents. Rafael grogna, satisfait, et descendit. Il déboutonna le jean, tira le caleçon avec. La queue de Malik jaillit, lourde, le gland déjà luisant. Rafael la prit dans sa paume calleuse, la serra à la base, la fit monter et descendre une fois, lentement, comme pour en prendre la mesure.
Tu pues le désir depuis lundi. Il cracha dans sa main, reprit la verge, la branla plus franchement. Tu restes là. Tu ne jouis pas tant que je ne l’ai pas dit.
Malik appuya le front contre l’acier. Chaque coup de poing autour de sa bite envoyait une chaleur jusqu’aux couilles. Rafael se colla derrière lui. Le pantalon de travail frottait contre ses fesses nues. Puis le docker se défit. Malik entendit la ceinture, la fermeture. Une queue brûlante se logea dans le sillon de ses fesses, épaisse, veinée, le gland large qui laissait une trace humide sur la peau. Rafael ne le pénétra pas. Il se frotta, longuement, les hanches lentes, une main toujours sur la bite de Malik, l’autre plaquée sur son ventre pour le tenir contre la tôle.
Tu m’as maté le cul pendant que je pliais les genoux. Sa bouche était contre l’oreille. Maintenant tu le sens. Tu le veux dans toi ?
Oui.
Pas encore.
Il le fit se retourner. Dos à l’acier, cette fois. Rafael s’agenouilla sur le quai sale sans cérémonie. Il prit les couilles de Malik dans une main, les soupesa, tira juste assez pour que ça pique. Sa langue passa sous la hampe, lente, râpeuse, jusqu’au frein. Puis il avala. Pas un baiser timide. Une gorge qui s’ouvrait, chaude, serrée, qui descendait jusqu’à ce que le nez frôle les poils. Malik jura. Ses doigts griffèrent la tôle. Rafael remonta, saliva, redescendit, laissa la bave couler sur les couilles, les lécha, revint sur le gland et le suça fort, les joues creuses, les yeux levés vers lui.
C’était lui qui menait. Chaque fois que Malik poussait des hanches, Rafael reculait, lui retirait la bouche, attendait que le souffle retombe.
Tu ne baises pas ma gorge. C’est moi qui te la donne.
Il recommença, plus profond, un bruit mouillé obscène entre les parois. Malik sentait les genoux fléchir. L’odeur de Rafael, si près, mélange de sueur et de sexe, lui montait à la tête. Quand la langue revint lécher le trou du gland, il faillit jouir. Rafael le sentit. Il serra la base, brutal, et se releva.
Pas maintenant.
Il se retourna, baissa son pantalon sur les cuisses épaisses, et présenta son cul. Musclé, couvert d’un duvet sombre dans le sillon, les fesses pleines qui s’écartaient quand il se pencha, les mains à plat sur le conteneur. Malik resta une seconde sans bouger. Rafael tourna la tête.
Tu as regardé. Maintenant tu goûtes. Mets ta langue. Et tu ne la retires que quand je te le dis.
Malik s’agenouilla. L’acier lui mordit les genoux. Il écarta les fesses à deux mains. L’anus de Rafael était serré, sombre, entouré de poils courts. Il sentait le mâle, la sueur de la journée, une odeur franche qui lui fit saliver. Il lécha d’abord le sillon, large, puis posa la langue à plat sur le trou et poussa. Rafael grogna, un son bas qui vibra dans la tôle. Malik insista. Il cracha, lécha, enfonça la pointe, sentit le muscle céder un peu, revint, suça, baisa ce cul avec sa bouche jusqu’à en avoir la mâchoire douloureuse. Rafael se branlait en même temps, la queue lourde qui battait contre son ventre, le gland qui perlait sur ses doigts.
Assez.
Il se redressa, le fit se relever, le plaqua de nouveau face à la paroi. Deux doigts, mouillés de salive et du propre goût de Malik encore sur sa langue, glissèrent entre ses fesses. Rafael trouva l’entrée, tourna, poussa. Un doigt. Puis deux. Il les enfonça jusqu’à la garde, les recourba, trouva l’endroit qui fit plier les genoux de Malik.
Là. Tu vois. Tu croyais que c’était toi le chasseur.
Il écarta les doigts, prépara, cracha encore, ajouta un troisième. La brûlure était nette, bonne, exactement ce que Malik avait imaginé dans le noir en se touchant après chaque soirée. Rafael retira sa main. Le gland large se posa contre l’anus ouvert. Il ne demanda pas une deuxième fois. Il entra. Lentement d’abord, centimètre par centimètre, la bite épaisse qui forçait le muscle, qui l’écartait, qui le remplissait jusqu’à ce que les couilles du docker claquent contre les siennes.
Malik cria, le front contre l’acier. Rafael resta enfoncé, immobile, une main sur sa nuque, l’autre autour de sa taille.
Respire. Tu la prends toute. C’est ça que tu venais chercher.
Il commença à baiser. Pas vite. Des coups longs, profonds, qui sortaient presque et revenaient jusqu’au fond. La tôle vibrait sous les paumes de Malik. Chaque poussée lui arrachait un souffle. La sueur de Rafael coulait dans son dos. Le docker lui mordit l’épaule, grogna contre sa peau, accéléra. Le bruit des hanches contre les fesses, mouillé, cru, emplissait l’allée étroite. Malik bandait si fort que sa queue tapait contre la paroi à chaque coup.
Rafael le tira en arrière par les hanches, changea l’angle, et le frappa juste. Malik jura, les jambes qui tremblaient.
Touche-toi. Mais tu ne jouis pas.
Il obéit. Sa main sur sa bite, le poing serré, pendant que Rafael le pilonnait, plus dur maintenant, les couilles qui claquaient, le souffle rauque dans son oreille. Le docker parlait bas, des mots sales, précis.
Six soirs à me mater. Six soirs que je bande en sachant que t’es là. Tu vas repartir avec mon foutre dans le cul. Et demain tu reviens. Pas pour regarder. Pour te faire ouvrir.
Il se retira d’un coup. Malik gémit du vide. Rafael le retourna, le souleva presque contre la tôle, une cuisse relevée, et le reprit face à lui. Cette fois Malik voyait tout : le visage tendu, la bouche entrouverte, les pectoraux qui luisaient sous le gilet ouvert, la bite qui disparaissait en lui à chaque coup. Rafael lui tenait la mâchoire.
Regarde-moi. C’est moi que tu voulais. Pas une ombre.
Malik le regarda. Il enroula les jambes autour de ses hanches du mieux qu’il put, s’empala, chercha le fond. Rafael le baisa plus vite, le front contre le sien, les souffles mêlés. La main du docker reprit sa queue, la branla au rythme des coups. Malik sentit la jouissance monter, irrépressible.
Maintenant.
Le mot claqua. Malik jouit. Le sperme gicla sur le ventre de Rafael, sur sa propre poitrine, chaud, épais, en longs jets qui le firent trembler autour de la bite enfoncée. Rafael ne ralentit pas. Il le tint pendant qu’il se vidait, puis accéléra encore, brutal, les dents serrées. Trois coups. Quatre. Il s’enfonça jusqu’à la garde et jouit à son tour, un grognement sourd contre la bouche de Malik, le foutre qui pulsait au fond de lui, chaud, abondant, qui débordait déjà quand il restait planté là, les hanches qui tressautaient.
Ils restèrent collés à la tôle, le souffle cassé. Rafael ne se retira pas tout de suite. Il passa le pouce sur la lèvre de Malik, le fit ouvrir, y mit le goût de leur sueur.
Demain, même heure. Tu ne te caches plus. Tu m’attends ici, pantalon ouvert. Si tu regardes encore sans venir, je te laisse dans le noir. Compris ?
Malik hocha la tête. Sa voix était rauque.
Compris.
Rafael sortit enfin, lentement. Le sperme coula le long de la cuisse de Malik, chaud sur la peau froide du port. Le docker remonta son pantalon, referma la ceinture, reprit le crochet comme si le quai lui appartenait encore. Il ne sourit pas. Il posa une main large sur la nuque de Malik, une seconde, assez pour que ce soit une marque.
Essuie-toi. Et rentre. Demain c’est moi qui te regarde arriver.
Il s’éloigna entre les conteneurs, le pas lourd, le dos droit. Malik resta contre l’acier, le jean sur les chevilles, le cul ouvert, le goût du docker encore sur la langue. La lampe jaune bourdonnait. Le diesel refroidissait. Il remonta son pantalon sans se nettoyer tout à fait. Il voulait garder ça. Demain il ne se cacherait pas. Demain il viendrait se faire prendre, là, entre les deux parois, parce que Rafael avait fixé la règle, et que Malik n’avait plus aucune envie de la discuter.